" Je roule sur une route toute droite, aussi rectiligne que le canal dont elle suit le tracé, et ces deux traits de règle parallèles, bordés d'arbres fins, debout comme des cierges, paraissent les seules choses simples et nettes auxquelles se raccrocher dans le paysage.Tout le reste semble un incompréhensible chaos, un territoire mouvant de friches, d'abandons, d'écroulements, de demi-ruines. De petites allées perpendiculaires conduisent vers de larges espaces industriels déserts, où la poussière vole en gerbes blondes dans le soleil, au milieu de carcasses d'ateliers. Des herbes moutonnent dans les craquelures du béton, des buissons et des arbustes grignotent les constructions. De temps en temps s'élève une fantomatique clameur d'usine, un coup de sirène enroué, presque un cri d'animal, sans qu'on puisse distinguer d'où elle vient ni qui elle appelle dans l'horizon immobile. Passe un homme, deux, parfois une dizaine, désespérément minuscules à l'échelle des structures vides, vastes comme des cathédrales. Un camion manoeuvre. "


Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham.
Pas eu le temps de me pencher sur la presse abondante ; simple évocation d'une belle écriture.