Je sais, je devais parler des Endormeurs d'Anna Enquist. Mais entre-temps, il ya eu En finir avec Eddy Bellegueule, livre contre lequel je me bats depuis trois jours après l'avoir lu en trois heures. Deux livres de la collection Raconter la vie, nouvelle collection au Seuil dirigée par Pierre Rosanvallon - et Edouard Louis aurait-il à ce point les honneurs des médias si ne figurait pas "roman" sur la couverture ? J'y reviendrai. Et voilà le dernier livre de Christophe Fourvel, Le mal que l'on se fait, publié à La Fosse aux ours. Les petites archives de ce blog sont témoins de l'admiration que je porte au travail d'éditeur mené par Pierre-Jean Balzan, qui vint ici en parler un soir de juin.

Trois parties pour ce texte : trois mois d'un séjour du personnage principal dans une ville d'Amérique latine ; trois mois à nouveau "dans une ville musulmane". Et la dernière partie rend compte de ce que fut la vie avant, pour éclairer ce qu'elle sera. L'auteur joue sur et avec le dépaysement et l'on se sent bercé par l'ailleurs en se demandant à quoi cet homme a bien pu vouloir échapper. Le glissement du "il" au "tu" nous met évidemment face à nos propres errances. 

Quelques phrases glanées : au détour d'un portrait du père, chauffeur routier, incarnant à lui-seul des générations de taiseux : "Le coeur mystérieux de  ces hommes d'avant dont on ne savait rien, ni le poids de l'amour ni celui du chagrin. Dont la fumée de cigarettes ressemblait à des emballages pour leur non-dit". La visite à la Mosquée, qui revêt une importance dont on ne pourra rien dire ici : "Tu ne cherches pas Dieu auquel tu n'as jamais vraiment cru. La Mosquée bleue est immense et cette immensité t'est praticable ; cela t'étonne."

Le mal que l'on se fait

Alors oui, lire un crayon à la main : l'artiste en herbe passe bien des heures à copier un modèle, à reproduire avant de produire à son tour.

       Et comme je ne peux pas conduire un crayon à la main, je m'empresse de noter ici ce que j'ai entendu, ce matin, sur le chemin de l'école : "T'as vu, les arbres, on dirait des monsieurs. Mais, t'as vu celui-là : on dirait une dame qui fait sa belle !".

 

 

 

 

PS : Où la libraire rappelle que Christophe Fourvel est aussi l'auteur de Dumky (et le lien vers le Matricule des anges vous donnera certainement matière à découvertes      multiples !). La couverture de Dumky, elle ressemble à ça, et elle est là seulement pour ajouter un peu de beauté à la journée qui commence.

Dumky